SIECLE DE PYGMEE TWA, 8ème chapitre, page 117-121

Pour ma part ,je suis resté au Rwanda, me tenant régulièrment informé de la situation de mes amis.À présent,ces derniers suivaient leur destin à travers le monde et je priais souvent pour eux, pleurant sur le malheur des uns et me réjouissant du succès des autres. C’est à cette époque que j’eus l’idée de demander un passport national dans l’espoir,un jour, d’avoir l’occasion de m’en servir. Je ne manquais pas de me dire que le  Pygmée que j’étais n’obtiendrait pas un document permettant de quitter le pays. Que mes complexes soient ou non justifiés, je m’identifiais à un citoyen de seconde classe jusqu’au jour où je fus convoqué au ministère pour recevoir le fameux sésame. Je m’étais lavé, peigné et m’étais mème aspergé de ces déodorants infects que je détestais, afin de me donner l`apparence d’un patriote digne de ce nom, de ceux à qui l`administration n’hésiterait pas à donner un passport. Je m’habillai comme un intellectuel grand noir, m’observai dans un miroir et me dirigeai fièrement vers le lieu de mon rendez- vous.

Quand je me présentai,je fus introduis dans un bureau où l `on  m’exposa les devoirs de tout citoyen. Om me dit comme si on parlait au plus ignorant des ètres de ne pas faire preuve de malhonnèteté et de veiller sur le document comme s’il s’agissait de la prunelle de mes yeux. La comparaison me surprit , et je me demandais ce que venait faire la prunelle de mes yeux dans la remise d’un passeport, lorsque j éntendis mon interlocuteur poser cette question incongrue : » Pygmée de la jungle, que vas-tu faire de ce passeport ? »

-Je vais le manger, répondis-je

-Comment ca, le manger ?

-Que voulez-vous que j’en fasse ,en bon Pygmée que je suis, si ce n’est le préparer avec une bonne salade de chenilles marinées au miel de la forèt, tout cela accompagné de bananes plantains et d’autres légumes.

– Tu es un drole,toi.

– Non, c’est toi le clown. »-

Ce fut à mon tour d ètre surpris en voyant le fonctionnaire rire à en avoir des hoquets. Ses collègues, intrigués par la scène, apparurent pour voir le phénomène de la forèt que j’étais à leurs yeux. Mais le fonctionnaire me tendit mon passeport, en ajoutant : » Bon appétit ! »

 

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